23 octobre 2008

Nostalgia

Il y avait les choses que j'avais l'habitude de faire : prendre mon cahier en arrivant, et aller prendre les consignes de la journée. M'installer, dans le fauteuil, toute petite, face à l'immense bureau laqué de Monsieur Patron, et noter inlassablement toutes les choses que je ferais dans les heures à venir. Les dix ou douze heures à venir, parfois. Nous échangions un mot ou deux, parlions de l'actualité de nos dossiers pendant un court instant, puis j'allais passer les coups de fil prioritaires, ou lancer les premières impressions. La journée commençait comme ça.
Il y avait les choses que j'avais l'habitude de dire : Bonjour Monsieur, comment allez-vous, bon appétit Monsieur, je m'en occupe de suite Monsieur, ne restez pas trop tard Monsieur, à demain Monsieur. J'aimais bien échanger ces quelques petits mots, un peu rituels, chaque jour à chaque moment-clé de la journée, toujours gentillement, toujours avec le sourire, légère, pimpante ; heureuse, en fait.
Il y avait les choses que j'avais l'habitude d'apprécier : attendre 13h45 que Monsieur Patron aille déjeuner, filer comme le vent prendre mon sandwich jambon-crudités, parfois un esquimau au chocolat blanc quand sont arrivés les beaux jours aussi, et déjeuner là, sur place, à mon bureau, avec un peu de musique parfois aussi, et j'attendais qu'il remonte, et je le voyais entrer dans le bureau et dire "mais, vous n'avez pas mangé, vous ?", et lui dire "si mais j'étais là et d'ailleurs Untel a cherché à vous joindre"... et repartir avec entrain.
Il y avait, aussi, les choses que je n'avais pas l'habitude de vivre : ne pas voir ses patrons de la journée, se faire traiter d'incompétente et de touriste par sa collègue, avoir envie de pleurer, le soir, dans le train...
 
J'ai l'impression de vivre une sorte de rupture professionnelle : mon ex-travail me manque, mon ex-patron me manque, mon ex-bureau me manque, tout me manque ! Même DOM THOM me manque. Enfin moins, je dois bien l'avouer, mais elle faisait partie du package. Et c'était si bien !
Cette dernière semaine, je dois bien l'avouer, j'ai un gros chagrin. Un chagrin de travail.

Et plusieurs fois, il m'est arrivé de murmurer : mon ancien travail me manque...

11 septembre 2008

FACES PLACES

Après une semaine de formation, me voilà depuis lundi à mon nouveau poste, dans ce nouveau ministère, avec de nouveaux collègues. Et cette fois, c'est pour de bon.

Hélas, cent fois hélas, je suis entourée de gens très professionnels qui ne sont pas des cas comme DOM THOM. Très franchement, je me demande un peu s'il y a des cas comme DOM THOM.

Mais je suis certaine d'avoir encore plein de choses à apprendre sur les fonctionnaires. Ne serait-ce que parce que chaque nouvelle rencontre amène forcément son lot de découvertes insolites sur les autres. Essayez donc de deviner la raison de ces pseudos...

Prenez Blondie, ma collègue. Elle arrive le matin et le premier truc qu'elle fait, c'est mettre la radio. Et tooooooute la journée, j'ai droit à NRJ. Et vous savez, ya un truc que j'ai appris sur les radios FM françaises que je ne savais pas avant : elles n'ont que 10 chansons qu'elles diffusent non-stop toute la journée. Le seul truc c'est que Blondie, elle écoute ça sans broncher, alors que moi ça me tape sur les nerfs. Et surtout elle n'aurait pas l'idée de couper quand elle s'en va, alors que pas une fois elle ne m'a demandé si ça m'intéressait d'écouter quand elle est en pause déjeuner ou qu'elle rentre chez elle ; ya un autre truc que j'ai appris sur les radios FM françaises, c'est que j'ai raison de ne plus les écouter depuis 10 ans.
Un autre détail marrant sur Blondie, c'est que ses 3m² de bureau (oui, elle en occupe la moitié, pourquoi ?) sont tapissés de photos et de dessins de sa famille, et que franchement, à ce stade c'est plus de l'amour, c'est de la rage. Et moi j'ai vue directe sur ça toute la journée... je préfèrerais un mur blanc, à choisir.
Blondie c'est la nana qui a l'accent parigot pur jus ; elle parle toujours avec ce ton affecté, et en même temps elle n'a pas un timbre très élégant, et pour tout dire, mardi dans son tshirt-bandeau, l'ensemble était quasiment vulgaire.
Et puis, le détail qui tue, surtout avec moi : du matin au soir, Blondie a toujours un chewing gum. Et, apparemment, elle a du mal à fermer la bouche en le mâchant... [rire nerveux]

Il y a aussi Duracell, mon autre collègue. Elle c'est bien simple, le service est organisé de telle façon que je ne la vois que 30mn par jour. En fait quand je travaille le matin, elle travaille l'après-midi, et inversement. On appelle ça une brigade. Perso j'appelle ça de la torture. Le système est le suivant : un jour tu fais 8h30-13h30, le lendemain tu fais 13h00-20h00. Donc quand tu finis à 20h00 (et tu ne finis jamais à 20h00 pile), le lendemain tu dois être là aux aurores... Je reviendrai sur ce système plus tard.
Toujours est-il que Duracell, on se voit que 30mn par jour, mais elle m'épuise. Elle est branchée sur le secteur, à mon avis. Elle parle, elle parle, elle parle...
Elle a tout un bordel sur son bureau qui est aussi le mien, que j'ose pas déplacer... une plante verte par exemple, et je hais les plantes vertes. Quand vraiment on aime la nature, on la laisse à sa place : dehors. Et puis il y a aussi ce bouquet de fleurs en tissus qui est accroché au pied de l'écran de l'ordi, et j'ai une envie folle de passer ce truc kitschissime au bec bunsen. Et ya encore d'autres gadgets, comme une sorte de boîte à bijoux avec un clown dedans, le porte-portable en bois qui est toujours vide... pour moi, l'obsédée du bureau ras, c'est assez énervant. Et même quand ya des objets utiles ils sont moches, comme le truc où elle met son rouleau de scotch, son tambon à date et d'autres ustensiles de ce genre... ce truc est rose fluo, quoi. Un peu la gerbe.

Toutes les deux sont très compétentes et professionnelles, c'est pas le problème. C'est juste qu'il faut apprendre à cohabiter avec elles, quoi. Une cohabitation directe, avec Blondie qui est là toute la journée, et une cohabitation indirecte avec Duracell, avec laquelle je partage mon poste une demi-journée chaque jour.

Ah, ya un dernier truc à savoir sur Blondie. C'est qu'elle a une énorme réserve de cochonneries qui traine sur son bureau : bonbons, gâteaux, chocolats (je me suis dit que j'allais participer, j'ai ajouté des trucs aussi, pour faire genre je suis pas rat). Et toute la journée elle grignote ces trucs et comme je dois passer devant son bureau dés que je veux sortir, toute la journée j'ai cette odieuse tentation glucidique à portée de main.

Comme vous le voyez, la vie sans DOM THOM n'est pas forcément vide d'anecdotes. Vous serez avec moi sur ce coup-là ?
En plus j'ai appris plein de choses sur mon ancien boulot, que je brûle de vous raconter... Tiens pis, faut que je change les rubriques !

26 août 2008

Adieux larmoyants...

Cette fois, c'est la quille.

Mon contrat a été renouvelé jusqu'à la fin août, mais il n'y aura pas d'autre prolongation.
Je quitte ce ministère.

Ma vie de fonctionnaire est finie... vive ma vie de fonctionnaire !
En effet, comme je m'en serais voulue de vous planter là, je me suis arrangée pour réussir un concours dans un autre ministère, et cette fois point n'est question de contrat : je vais vraiment devenir une des leurs. Enfin pas trop, j'espère.
Dans un an, si j'ai ma titularisation, vous pourrez me sortir toutes vos blagues sur ces feignasses de fonctionnaires !

Donc ladymnistration, c'est pas fini... ce n'étaient que des mois de mise en bouche ! A partir du 1er septembre, j'intègre un nouveau ministère, dans une entité encore plus importante (je ne sais pas encore précisément quel sera mon poste mais je vous tiens au courant). Les règles de ce blog changeront un peu : je ne vais plus poster en journée, mais le soir, à la maison.

Et normalement yaura pas de DOM THOM de remplacement, mais... vous savez ce qu'on dit ! "On sait ce qu'on quitte, on ne sait pas vers quoi on va". Donc je garde mon radar à feignasses allumé, et je me réjouis d'avance de tout vous raconter.


En attendant, je vis mes derniers jours ici (ça fait un peu condamné à mort). Les "ah je te reverrai pas, alors", se succèdent. Je fais silencieusement mes adieux aux lieux où j'ai passé 9 mois de ma vie (là, ça fait condamné à vivre).

Adieu Monsieur Patron, Dame Pintade, Monsieur D., et tous les autres ! Je m'en vais et cette fois c'est sûr, je ne reviens pas.
Adieu mon cher badge avec ma photo toute moche et surexposée.
Adieu mon bureau avec vue sur la terrasse du ministre.
Adieu mon bureau de 40m² pour moi toute seule, surtout !
Adieu les sandwiches jambon crudité achetés à la dame qui a toujours le mot gentil.
Adieu le gentil garde à l'entrée qui situe mal mes yeux quand je porte un décolleté mais qui plaisante avec moi.
Adieu l'huissier qui me dit bonjour avec l'un des plus grands sourires que j'aie jamais vu.
Adieu les couloirs tortueux du ministère.
Adieu.
(surtout, penser à la carte de cantine, sinon les terroristes vont s'en emparer)

Je me dis que tout est à recommencer, ailleurs. Retour à la case départ. Recommencer avec de nouvelles personnes à apprivoiser et dont se faire apprécier. Quand je me promènerai dans les couloirs, il n'y aura pas des dizaines de gens à saluer. Il n'y aura pas de collègue auprès de qui s'enquérir "alors, comment ça a évolué, le service, depuis que je suis partie ?".
Il n'y aura plus toutes ces joies qui me faisaient me lever le matin.

...Pas tout de suite.

 

P*tain, ça fait ch**r... j'ai vraiment envie de pleurer maintenant ! Heureusement, je ne pars que vendredi soir, j'ai encore le temps de m'habituer à l'idée.

11 juin 2008

Bling-bling

J'entre chez Monsieur Patron et je le retrouve la tête sous le bureau.

Ok, ceux qui ont pensé "d'habitude c'est l'assistante qui passe sous le bureau", dehors. Sur ce blog, j'ai la totale exclusivté des blagues sexuelles éculées.

Il est en fait en train d'essayer de fouiller au fond du tiroir le plus bas de son caisson de bureau. Il me dit "le problème de ce tiroir, c'est que si on le tire un peu fort, il y a des objets qui tombent à l'arrière du caisson". Je lui propose mon aide qu'il refuse en poursuivant "Je ne sais pas ce qui est tombé là-bas au fond, mais ça a fait bling-bling."

J'ai ri. J'y peux rien, j'ai ri.

Vous ne devinerez jamais quel portrait trône très exactement juste au-dessus.

30 mai 2008

Sans vouloir déranger

Regard entendu et légèrement appuyé de Monsieur Patron qui contemple la liste de ce qu'il lui reste à faire, considérant qu'il est en réunion à partir de TOP maintenant jusqu'à 20h... "Bon, bah je vais venir travailler ce week end... il faudra que je rédige telle note..."

Et ça, ça veut dire syndrome du canal carpien pour lady, en langage Monsieur Patron. 

Ouais, alors, euh, bon, comment vous dire ça gentillement ? Disons simplement... voyons ?

MEME PAS EN REVE.

Ne me regardez pas comme ça. Ce n'est même pas la peine d'y penser. Pour une fois que j'ai un truc super sympa prévu ce week end (enfin j'espère que ce sera aussi sympa que prévu disons), alors là faut même pas espérer. Vous m'auriez dit ça la semaine dernière, j'aurais fait sauter quoi, la fête de mère ? L'anniversaire de mon père ? La belle affaire. Pas de soucis. Mais ce week end, rien du tout.

Non mais je sais bien que je suis casanière, que je sors pas trop, que j'ai des week ends de téléphage tendance geekette (ou l'inverse), qu'on se dit que je suis toujours de bonne volonté pour faire des heures et tout, mais là non, non et non, je vais pas annuler mes plans.

Non !

Non ? 

...? 

La DOM THOMisation de lady

Après une heure trente de réunion avec Dame Pintade ce matin, et en dépit d'une liste de choses à faire longue comme le bras, je suis au regret d'admettre que, oui, là j'ai une grosse envie de rien foutre.

C'est ptet aussi parce que j'ai fait une moyenne de 11h de travail par jour depuis lundi et que j'en ai un peu marre. Peut-être. 

Vocabulaire

Tout le monde ne parle pas forcément le Monsieur Patron.

En l'absence des savoureux verbatims de ma collègue au langage si fleuri, je vous propose donc, une fois n'est pas coutume, un petit dictionnaire Français-Patron. Voilà, c'est gratuit c'est cadeau ça fait plaisir.

Ces quelques phrases m'ont toutes été sorties ce matin pendant l'interminaaaaaable réunion où Dame Pintade était conviée, et où il fallait tout lui expliquer. Dix fois. Ce qui explique mes 90 bâillements à la minute. Cette réunion portait sur des documents rédigés par différents collaborateurs.

- "d'après les éléments communiqués par Machin" : j'ai un gros doute sur leur validité

- "Truc a insisté pour qu'on ajoute cette phrase" : il s'expliquera en réunion !

- "il a rédigé sa note avec la prudence d'un Sioux" : il n'a rien dans le futale

- "on ne met aucune donnée chiffrée" : nous n'avons rien dans le futale

- "mettez une mention en gras DOCUMENT DE TRAVAIL" : hop, je suis perché !

- "version non-stabilisée" : des décideurs s'empoignent encore à ce sujet 

- "version stabilisée" : des décideurs sont tombés d'accord, mais ils ne le savent pas encore

- "version définitive" : on en entend souvent parler, mais on n'en a jamais vu 

- "en cours de validation" : j'ai envoyé 35 mails et je n'ai aucune réponse

- "en cours de concertation" : j'ai envoyé un mail, si j'ai pas la réponse dans une heure, on boucle le dossier 

- "vous ferez un point avec Dame Pintade" : dites-lui, vous, moi j'en peux plus

- "c'est bien la dernière version en date ?" : hm, je changerais bien telle phrase

- "on refait un point lundi à 9h" : je sais que là on fait un point, mais en fait ça sert à rien du tout parce qu'il nous manque plein d'éléments

- "avec un peu de chance j'aurai fini ma note ce soir" : la sandwicherie au coin de la rue est-elle ouverte le dimanche ?

- "un petit dossier" : fin de la journée prévue vers 21h

- "il faudra que je rédige une rapide note" : lady, vous pensez pouvoir développer un syndrome du canal carpien dés 26 ans ?

Le vilain mot

Il y a deux jours, Monsieur Patron m'a donné une note très importante à taper qu'il a rédigée un soir, vers 22h, dont on voyait bien aux quelques fautes d'orthographe qu'elle avait nécessité un ultime effort avant l'évanouissement tant la fatigue se sentait dans la rédaction. Elle est importante, cette note, parce que c'est un peu notre ministre qui va l'utiliser en support pendant une réunion king size, quoi.

Je m'étonne d'y trouver un mot pas du tout politiquement correct. C'est pas malpoli, c'est pas insultant... c'est juste un mot que jamais un ministre n'utiliserait pour qualifier la chose, par exemple devant des journalistes, ou même en réunion avec 15 personnes dont les trois quarts seraient aussi ministres. Et donc c'est un mot qu'on ne va certainement pas écrire noir sur blanc non plus, même si, bon, c'est bien de ça qu'on parle, hein, simplement il faut s'en tenir au politiquement correct, et ne pas dire LE mot.

Mais je tape le tout et ne cherche pas à le faire remarquer. Je me dit juste "tiens, ce serait bizarre que ça se retrouve dans la version finale, un mot pareil... Ou alors il nous est poussé des c**illes récemment ?"

. . . 

Nous sommes donc deux jours plus tard, Monsieur Patron apporte quelques corrections à la note et... oh surprise : le mot est raturé avec rage et modifié en conséquence.

Des fois je me fais peur tellement j'ai compris le système. 

23 mai 2008

Je vais rester assise à mon bureau encore un petit moment...

Nous recevons très régulièrement des mails de hauts lieux de l'Etat (enfin, de la part des assistantes de ces hauts lieux, hein, faut rien exagérer) et je viens à peine de m'apercevoir que... DOM THOM n'est jamais en copie.

Moi, la petite vacataire qui n'étais pas là il y a six moi, si.

J'ai eu une érection mentale en voyant ça, je l'avoue... 

ladymnistration en été

Il semblerait... je dis bien il semblerait, que ladymnistration, qui devait prendre fin au 30 juin en même temps que mon contrat, soit prolongé de 3 mois !

Mais je sais que la véritable question que vous vous posez, c'est "y aura-t-il toujours DOM THOM ?!". En fait c'est ça, hein, vous l'aimez plus que moi... Nan, nan, mais ça va, j'ai compris. J'irai fêter ma prolongation de contrat avec d'autres, et puis c'est tout.

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